Eid el-Fitr à Nabeul: au menu « Mloukhiya » & « Khobz smid »


C’est l’Eid ! À Nabeul, jadis, « Le tabbel » et « le zakkar » avaient l’habitude de sillonner les ruelles de la ville des Potiers en faisant le tour des maisons en quête d’obole! Durant cette parade festive, ils étaient suivis par les gosses et chantaient au rythme de leur percussion:

« Snin dayma! Aarkab sayma! Allah yohyina wou Yohyikom bkhir! Wou Alla la yaktaâ rahma milmoumnine! » (Les années passent et les bonnes âmes n’arrêtent pas de jeûner Ramadan! Puisse Dieu donner, éternellement, santé et prospérité à tous et faire régner la miséricorde parmi les croyants!) », décrit Mohamed Rached Khayati, un fervent défenseur des traditions naneuliennes, les pratiques perpétrés dans la ville des potiers au premier jour de Chaouel.

 

Le plat préféré des Monarques

 

Mais qui dit « Eïd el-Fitr » à Nabeul évoque systématiquement la « Mloukhiya » (voir la recette du chef Mahjoub Aouidet, alias « Evan Carlo »), un ragoût de couleur vert foncé presque noir à base de poudre de corète dont le nom est un dérivé du mot « Mouloukia » ( en arabe: « الملكية ») qui signifie en français monarchie. En effet,  la « Mloukhiya » était jadis le plat de prédilection des Sultans ottomans, des Khédives d’Egypte et des Beys (les Monarques de la Dynastie Husseinite en Tunisie) tant que la corète potagère était considérée comme  une plante aphrodisiaque.

Or à Nabeul, les coutumes veulent que ce plat, riche en calcium et très apprécié à cause de sa couleur verte, soit préparé la veille du Eid sur un feu doux, pendant plus de huit heures pour le consommer le lendemain à l’heure du déjeuner. Car la « Mloukhiya » est considérée par nos anciens comme porte-bonheur et symbole de prospérité.

 

Un plat de « Mloukhiya » (Crédit Photo: chef Evan CARLO – mangeonsbien.tn)

 

En outre, le jour du « Eid Essghir » (1), les Nabeuliens mangent la « Mloukhiya » après l’avoir chauffé avec du pain frais dit « Khobz Smid » (pain de semoule) généralement fait-maison au acheté au petit matin (à l’aube) chez boulanger du quartier comme en témoigne Mme Essia Mezghenni:

« À Nabeul, les mets spécifiques à l’occasion du déjeuner l’Eid sont à coup sûr la « Mloukhiya » et le pain fait-maison. Toutefois il y avait la liberté de sortir des sentiers battus pour certaines mères de famille qui, par goût ou envie de se différencier avaient opté pour un menu qui leur convenait. Pour ma part je sais que maman partait de l’idée qu’ « el jèri  » (une soupe) passait mieux après un mois de carême et comme on le dit « mssarinè mè zèlit mâakda  » (les intestins n’ont pas encore pris habitude à se festoyer le jour de l’Aïd à midi. Personnellement, je suis pour la soupe, même si apparemment, elle est considérée par certains comme une tradition tunisoise d’emprunt ! ».

 

« El Hlelem » s’invite à la fête

 

« Ma mère faisait toujours une « hlelem bil debche wil kadid » (plat tunisien à base de pâtes fraîches faits-maison avec de la viande sèche et des légumes coupés en petits cubes) […] car le premier jour nous n’avons pas beaucoup d’appétit le midi. Surtout qu’il y a toute la pâtisserie du petit déjeuner et la visite des uns et des autres pour les vœux … Ainsi la « Mloukhiya » était presque le plat de trop, mais comme c’est un plat qu’on peut garder, il n’était point perdu. La « Mloukhiya » pouvait être servie aussi le lendemain avec des « Mmmalah felfel et carottes… » (Variantes de légumes en saumures),  une salade de radis et toujours du pain fait-maison. Et on avait la chance d’avoir du « khobz smid fil tabouna » (pain de semoule traditionnel cuit dans un four berbère). Que du bonheur ! », renchérit Essia.

De son côté Mme Mouna Sellem Chachia rajoute:

« Ma mère avait l’habitude de nous préparer les « Mjamaâ » (du pain incrusté d’un œuf au centre que les Nabeuliennes le préparent généralement à l’occasion de l’Aïd El-Kebir-Ndlr). »

 

Mjamaâ (Crédit Photo: Anis KALAI - mangeonsbien.tn)
Mjamaâ (Crédit Photo: Anis KALAI – mangeonsbien.tn)

 

« Le jour du « Eid Esseghir », je me souviens que chaque enfant devait prendre une assiette de gâteaux enveloppés dans une serviette neuve pour visiter la famille et leur souhaitant bonne fête et récolter le « Mehba » (offrande, généralement de l’argent donné aux enfants le jour du « Eid el-Fitr »). Puis chaque enfant allait sur la place pour dépenser ce qu’il avait reçu. », conclut Mme Faouzia Kerkeni Farhat.

Sacrées traditions nabeuiennes !


 1 – Eid Esseghir (ou Eid el-Fit, en arabe littéraire): une appellation typiquement tunisienne qui signifie littéralement « petite fête ». Il s’agit d’une célébration religieuse très appréciée dans le monde musulman tant par les petits que par les grands. Cette fête qui vient couronner le mois de Ramadan (arabe : رَمَضَان ou Ramaḍān) est marqué par les réunions familiales où l’on déguste plats et pâtisseries typiques de chaque pays et de chaque région.


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